Débat sur le rôle du Parti libanais de l’environnement

L’avenir du LEP, une mission difficile et des obstacles à surmonter

 

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Pourquoi un parti de l’environnement ? Quels devraient être ses objectifs et comment doit-il mener sa lutte ? Ce sont ces questions fondamentales qui ont été abordées lors d’un débat organisé par le tout jeune Parti libanais de l’environnement (LEP), à son siège à Hamra. Le débat était dirigé par l’un des membres fondateurs, notre confrère du as-Safir Habib Maalouf. Les deux intervenants, des écrivains et des penseurs politiques, Nohad Hachicho et Nassim Daher, se sont employés à discuter les différents points présentés par M. Maalouf sur les principes politiques du parti.

La mission d’un tel parti est difficile. Très difficile même. Il devrait se heurter aux intérêts des uns et des autres, à une mentalité très peu respectueuse de l’environnement. C’est la mise en garde qu’ont lancée les deux intervenants aux militants écologistes qui se sont quand même déclarés prêts à assumer la lutte qu’ils devront inévitablement mener, pour opérer le réel changement auquel ils aspirent. Ils ont déclaré que cette lutte pourrait à terme regrouper autour d’eux tous ceux (peut-être une « majorité silencieuse » selon certains) qui sont hostiles au « sectarisme ».

Le débat avait débuté après une présentation des principes faite par M. Maalouf. Celui-ci a constaté d’emblée la régression des partis dans le monde et notamment au Liban, estimant qu’« il ne s’agit pas d’une évolution positive ». La nécessité de fonder un parti, selon lui, vient du fait que la cause écologique ne peut être séparée d’autres questions essentielles ; or les ONG sont devenues trop spécialisées pour avoir une vue globale du problème. Il a ajouté que, bien qu’au Liban et dans les pays arabes, l’expérience des partis n’a pas toujours été caractérisée par une prestation démocratique, le LEP ne peut que « sortir du caractère confessionnel qui caractérise la plupart des formations politiques, puisqu’il s’intéresse naturellement aux intérêts de toute la population ». « Le LEP lutte pour la vie, d’où le fait qu’il ne peut qu’être idéologique par excellence », a conclu M. Maalouf.

Pour sa part, M. Hachicho s’est interrogé sur la place qu’occuperait un tel parti dans un contexte difficile, notamment dans l’édification de l’État, d’une régression des partis et d’une détérioration du climat démocratique. Il a stigmatisé le système confessionnel qui ne donne pas de chances égales aux citoyens et favorise le sectarisme, constatant que le concept de citoyenneté est marginalisé en faveur d’un équilibre fragile entre deux entités.

Selon le chercheur, dans le contexte actuel, le LEP introduit un style nouveau de parti politique. Sa lutte ne peut qu’être nationale, politique, économique et sociale. Pour cela, il doit sortir du cercle étroit des partis existants, de gauche comme de droite.

Mais, a ajouté M. Hachicho, si le LEP considère que les problèmes écologiques n’ont pas de frontières, il ne doit pas négliger pour autant le concept de protection du territoire. Ainsi, selon lui, le parti ne peut s’isoler des tempêtes qui soufflent sur le pays et la région, comme la question palestinienne par exemple, et ce malgré sa préférence pour la non-violence. Sur le document lui-même, l’écrivain a recommandé plus de précision sur la qualité de la lutte et les objectifs.

 

Des obstacles divers

L’écrivain Nassim Daher a axé son intervention sur plusieurs questions qu’il a considérées comme fondamentales. En premier lieu, il s’est demandé s’il y avait un réel besoin pour un nouveau parti au Liban, au sein du foisonnement de formations politiques, concluant que la fondation d’un nouveau parti serait inutile si celui-ci était du même genre que ses prédécesseurs. M. Daher a également constaté que les obstacles que connaîtra le parti des verts sont en partie ceux auxquels font face les autres formations, et en partie des difficultés qui lui seront propres, vu qu’il aura affaire à des problèmes qui n’intéressent pas les autres, comme les comportements individuels irrespectueux de l’environnement, les conflits avec les intérêts « capitalistes », la mentalité de clientélisme et de suivisme, ou encore les politiques étatiques lacunaires en matière d’environnement.

Selon l’écrivain, la fondation du LEP intervient dans un contexte politique difficile, notamment dans le cadre d’une crise de la gauche dont il fera partie « par nécessité ». Mais quelle sera sa position, quelle place occupera-t-il et comment contribuera-t-il au changement ? Ce sont des questions auxquelles il faudra répondre, a dit M. Daher. Ce parti, a-t-il ajouté, devra dépasser les « territoires réservés » des communautés religieuses et des autres grands partis, comme pour la répartition des sites de carrières par exemple et la protection de leurs exploitants.

Au cours du débat, M. Maalouf a insisté, repris par d’autres membres fondateurs, sur le fait que le parti comptait traiter les questions en profondeur, non faire du « folklore », à l’instar « des associations écologiques nombreuses fondées par des hommes politiques et des partis ». Ce parti devrait être strict dans sa protection de l’environnement, tout en ne devenant pas extrémiste au point d’oublier les intérêts des êtres humains, a-t-il conclu.


l'orent le jour

Suzanne BAAKLINI